Mais pourquoi font-elles cela ?!

Tous les soirs nous applaudissons le personnel soignant qui se bat depuis plusieurs semaines pour sauver le maximum de vies possible, face à l’épidémie de Covid-19. Nos remerciements à leur égard ont énormément de valeur, mais en premier lieu, qu’est-ce qui les fait agir ? Sont-ce des rémunérations dont certains dénonçaient le niveau insuffisant il n’y a pas si longtemps ? Est-ce la force coercitive des organisations qui les emploient ? Après tout, ils pourraient rester chez eux et se déclarer souffrants.

Ce qui décuple leur énergie, dans cette période de crise, c’est bien le sens aigu de leur mission, la raison d’être de leur engagement professionnel, ce que les anglophones désignent par « purpose ». Face au péril sanitaire, nous sommes sauvés par la présence d’un sens fort, incarné et vécu, dans l’exercice professionnel de ces milliers de soignantes et soignants.

On voit donc que le sens au travail n’est certainement pas un sujet secondaire, qui devrait être traité une fois que tout le reste est résolu. C’est au contraire le sujet premier, sans lequel tout le reste ne tient plus.

Par ailleurs, les mesures prises par les autorités politiques effectuent de facto un tri entre les activités jugées « essentielles » et celles qui ne sont pas immédiatement indispensables pour vivre. Ayant en tête les polémiques passées sur les « bullshit jobs », on peut s’attendre à ce que de nombreuses personnes remettent en question l’utilité de leur activité professionnelle à l’aune de ce que nous vivons collectivement aujourd’hui.

Alors, en préparant la sortie de crise, peut-on prétendre que définir la raison d’être d’une entreprise est un sujet non prioritaire, que l’urgence est de relancer la machine comme avant ? Ou sommes-nous au contraire devant l’évidence que le sens est la meilleure défense de la résilience d’une activité ? Le « purpose » n’est pas un « nice-to-have », c’est indéniablement un « must-have ».